Combien coûte un challenge prop firm face à son espérance de gain ?
Un challenge prop firm coûte 540 € pour 455 € d'espérance de gain. Voici d'où vient l'écart, et ce qui élimine les candidats en route.
Une société facture 540 € pour passer un test de trading.
Le compte qu'elle remet est fictif, avec 100 000 $ de faux argent, un objectif de gain et des limites de perte à ne jamais franchir.
Le test réussi, elle ouvre un compte qui reste fictif, mais qui verse cette fois une part des profits en argent réel.
Ces sociétés s'appellent des prop firms, et ce test s'appelle un challenge.
Comme le capital n'est jamais réel, la perte s'arrête aux frais payés. Le gain, lui, n'a pas de plafond.
C'est ce qui rend le produit attirant, et c'est aussi ce qui permet de le chiffrer : un prix connu, un gain connu, et une probabilité.
Tout dépend de cette dernière, c'est-à-dire de la fréquence à laquelle un candidat finit par être payé.
C'est le seul des trois chiffres que les prop firms ne mettent pas en avant, et c'est celui qui décide si 540 € est un prix juste.
La suite explique ce qu'on achète, ce que les règles affichées laisseraient passer à elles seules, et ce qui élimine les autres.
Ce qu'on achète exactement
Ni le compte de test, ni celui qui verse les profits, ne touchent un marché. FTMO écrit que ce sont des « demo accounts with fictitious funds », dans un environnement simulé.
Aucune position n'existe donc, et la société ne gagne rien sur les marchés. Son revenu vient des frais, soit 329 millions de dollars en 2024.
Autrement dit, les frais de ceux qui échouent paient les gains de ceux qui réussissent.
Le test se joue sur trois comptes successifs, et chacun sert à débloquer le suivant.
Sur le premier, il faut gagner 10 % pour accéder au deuxième. Sur le deuxième, 5 % suffisent, et c'est ce qui ouvre le compte financé.
C'est seulement sur ce troisième compte qu'un gain se transforme en versement réel.
Chaque étape est tout ou rien : l'objectif est atteint, ou il ne compte pour rien.
À 9,9 % sur un objectif de 10 %, l'étape est donc perdue, et les gains déjà réalisés avec elle.
Deux limites encadrent chaque étape : une perte maximale sur l'ensemble du test, une autre sur chaque journée.
Cette seconde limite est la plus dure, car elle repart de zéro chaque nuit et doit donc être respectée autant de fois qu'il y a de jours.
Ce que rapporte un test réussi est public aussi. FTMO annonce 5 957 € en moyenne pour un candidat payé, et rembourse les frais au premier versement.
Un candidat payé récupère donc environ 6 500 €, soit douze fois sa mise.
Il faudrait par conséquent être payé une fois sur douze pour que les 540 € soient un prix juste.
Ce que les règles affichées laisseraient passer
Cette fréquence, elle, se mesure sur les comptes réels.
Sur 300 000 comptes suivis chez dix sociétés, un candidat sur quatorze touche un jour un versement, d'après FPFX Tech, le prestataire technique de ces firmes.
Moins qu'un sur douze, donc : l'espérance de gain tombe à 455 € pour 540 € payés.
Ce chiffre dit toutefois combien de gens sont payés, pas pourquoi les autres échouent.
Nous avons donc voulu mesurer une chose que personne ne publie : combien de candidats les règles affichées laisseraient passer, à elles seules.
Impossible de l'observer sur de vrais candidats, car leurs échecs mélangent deux causes : les règles d'un côté, leurs propres erreurs de l'autre.
Pour les séparer, nous avons modélisé le problème le plus simplement possible. Vu du règlement, un compte se résume à un solde qui monte et descend chaque jour.
Nous tirons donc, pour chaque journée, un résultat au hasard dans une loi normale de moyenne zéro. Son écart-type représente l'agressivité du trading : plus les positions sont grosses, plus les journées sont larges.
Cette moyenne zéro est le cœur de l'approche, car elle décrit un compte sans aucun avantage et sans aucune décision à prendre. Il ne peut donc commettre aucune erreur, et s'il meurt, seules les règles ont pu le tuer.
Nous avons suivi 200 000 comptes ainsi construits, sur 250 jours au maximum.
Chaque jour, les trois conditions de FTMO sont vérifiées : objectif atteint, perte du jour au-delà de 5 %, perte totale au-delà de 10 %.
L'exercice est ensuite répété sur les trois étapes, et les probabilités se multiplient.
Voici deux de ces comptes simulés, avec l'évolution de leur solde jour après jour.

Les deux courbes atteignent l'objectif, en haut du graphique, mais un seul compte est encore ouvert quand cela arrive.
Le rouge a été fermé bien avant, et pas par la limite totale qu'il n'a jamais approchée : une seule journée lui a retiré 5,2 %, au-delà du plafond quotidien de 5 %.
Le graphique suivant rassemble nos 200 000 comptes simulés, à ne pas confondre avec les 300 000 comptes réels mesurés plus haut.

Ces comptes sans le moindre talent vont au bout 12 % à 19 % du temps, la barre bleue du graphique.
C'est davantage que le sur quatorze observé, et davantage que le seuil qu'il faudrait atteindre pour que le prix soit juste.
Les règles affichées, à elles seules, laisseraient donc passer bien plus de monde qu'il n'en passe réellement.
Ce qui manque, la flèche le montre : près de la moitié de ceux que ces règles laisseraient passer disparaissent quand même.
Ce qui élimine les autres
Une part de ces échecs vient du comportement réel des candidats, là où l'ordinateur joue au hasard sans jamais paniquer.
Mais le reste vient de règles qui figurent dans le règlement, sans jamais apparaître dans le tableau comparatif.
La limite journalière, par exemple, se mesure en pleine séance et non sur le solde du soir : un compte peut la franchir à midi et finir la journée en profit.
De même, une position laissée ouverte pendant une publication économique coûte le compte, même gagnante.
Et une règle de cohérence plafonne le gain venant d'une seule bonne journée, quand les frais de courtage rognent le reste.
Ce qu'il faut retenir
Le prix n'est pas une arnaque, mais il penche du côté du vendeur : 540 € payés pour 455 € d'espérance de gain, soit 84 centimes par euro versé.
Ce qui creuse cet écart n'est pas l'objectif de gain affiché, mais les clauses qui l'entourent.
C'est ce qui explique la longueur de ces règlements : chaque clause abaisse la probabilité d'être payé, et protège donc le prix du vendeur plutôt que le capital de l'acheteur.
Le calcul vaut aussi pour le crypto, depuis que Kraken a racheté la prop firm Breakout.
Avant d'acheter, la question utile n'est donc pas « suis-je assez bon ».
C'est quelles règles ne figurent pas dans le tableau, parce que ce sont elles qui décident.
Ces chiffres décrivent un règlement et des moyennes publiées, pas l'avenir d'un compte particulier.
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