Que signifient les mystérieux 9 et 13 sur les graphiques des pros ?

Le TD Sequential affiche les 9 et les 13 sur les graphiques en comptant l'épuisement d'une tendance. Comment il marche, ce qu'il a signalé sur le bitcoin, et quand il échoue.

Que signifient les mystérieux 9 et 13 sur les graphiques des pros ?

Le 14 décembre 2018, le bitcoin a inscrit le plus bas exact de son marché baissier, environ 3 150 $. Il n'a jamais retouché ce niveau depuis.

Sur la bougie de ce jour-là, un « 13 » s'était affiché sur le graphique.

La même méthode a aussi signalé des sommets : celui de décembre 2017 à 20 000 $, puis le pic de juin 2019, au jour près.

L'indicateur qui trace ces chiffres s'appelle le TD Sequential.

Ces chiffres mesurent l'épuisement d'une tendance : depuis combien de temps un mouvement pousse dans le même sens.

Plutôt que d'estimer à l'œil qu'un marché est « allé trop loin », le compte rend cette intuition mécanique.

Un 9 dit que la tendance est fatiguée ; un 13, qu'elle est à bout.

Le piège est de traiter l'un ou l'autre chiffre comme un déclencheur automatique de retournement.

Rien qu'en 2026, le même compte a signalé le sommet de janvier, puis a envoyé un faux signal au printemps.

D'où viennent les 9 et les 13 sur les graphiques

Les analystes qui publient ces graphiques ne tracent pas les chiffres eux-mêmes ; c'est un indicateur qui le fait.

« TD », c'est Tom DeMark, le consultant en market timing qui l'a conçu (DeMARK Analytics).

Son CV explique pourquoi l'outil est pris au sérieux au-delà du Twitter crypto.

Depuis une trentaine d'années, il conseille Steven A. Cohen, dont le fonds Point72 gère plus de 40 milliards de dollars.

Parmi ses anciens clients figurent George Soros et Goldman Sachs, et ses indicateurs sont présents sur les terminaux Bloomberg et TradingView.

L'idée principale derrière cet indicateur est qu'une tendance ne se retourne pas parce qu'une ligne est franchie.

Elle se retournerait plutôt quand les traders qui l'alimentent sont épuisés.

Le TD Sequential mesure cette fatigue en comptant les clôtures, en deux phases. Un Setup va jusqu'à 9, puis un Countdown va jusqu'à 13.

Le TD Setup : comment se forme un 9

Regardez le graphique ci-dessous : le prix descend, bougie après bougie.

À chaque bougie qui prolonge la baisse, l'indicateur inscrit un chiffre de plus : 1, 2, 3, et ainsi de suite (DeMARK Analytics).

C'est un simple compteur, qui mesure depuis combien de temps la chute dure sans jamais souffler.

Ces chiffres intermédiaires ne sont pas des signaux : un 4 ne veut rien dire de particulier.

Ils ne servent qu'à suivre la progression, jusqu'à celui qui compte vraiment.

Car arriver à 9, c'est neuf bougies de baisse d'affilée, sans une seule pause.

Dans la logique de l'indicateur, les vendeurs ont alors poussé si longtemps que leur pression devrait commencer à faiblir : voilà ce que signifie un 9, une tendance fatiguée.

Neuf bougies, mais de quelle durée ?

Le compteur fonctionne exactement de la même façon en 4 heures, en journalier ou en hebdomadaire. Ce qui change, c'est le poids du signal.

Sur des unités très courtes, le bruit du marché déclenche des 9 en permanence, et ils sont généralement jugés peu fiables.

Plus l'unité de temps est longue, plus le 9 est rare, et plus les praticiens le prennent au sérieux : neuf bougies hebdomadaires, c'est plus de deux mois de baisse presque ininterrompue.

Même sur une grande unité de temps, un 9 n'est pas un ordre d'achat : il signale que la baisse s'essouffle, pas qu'elle est terminée.

Sur une hausse, le compteur fonctionne à l'envers : il additionne les bougies qui poussent le prix toujours plus haut, et le 9 signale cette fois un sommet possible.

Le TD Countdown : ce qui transforme un 9 en 13

Une fois le 9 atteint, l'indicateur ne s'arrête pas là : il lance un second décompte, plus lent, qui va jusqu'à 13.

Le schéma ci-dessous reprend juste après ce 9.

Le principe reste le même, mais le décompte devient plus exigeant : seules les bougies qui creusent vraiment la baisse sont comptées.

Les autres, celles qui rebondissent, sont ignorées (les points gris sur le schéma).

Quand le marché remonte un instant, le décompte se met en pause au lieu de repartir de zéro, puis reprend là où il s'était arrêté.

Il faut donc que la baisse reparte encore et encore, rebond après rebond, pour atteindre finalement 13.

Un 13 raconte ainsi une histoire plus rare qu'un 9 : celle d'un marché qui a tenté de rebondir plusieurs fois sans jamais y parvenir, et que l'indicateur juge à bout de souffle.

C'est le signal d'épuisement le plus sérieux de l'indicateur.

Et contrairement à des outils qui redessinent leurs signaux au fil des nouvelles bougies, un 13 reste inscrit : en rouvrant un vieux graphique, on retrouve exactement les signaux qui s'affichaient à l'époque.

Ce que le TD Sequential a réussi et raté sur le bitcoin

Sur son propre site, DeMark met en avant ses trois réussites sur le bitcoin : le sommet de 2017, le creux de 2018 et le pic de 2019, chacun au jour près.

Mais cette liste ne retient que les bons coups : elle prouve que l'outil peut viser juste, sans dire à quelle fréquence il échoue.

2026 est un test plus honnête, et le bilan y est partagé.

Sur des bougies de trois jours, l'indicateur a signalé le sommet de janvier, puis un signal d'achat en février suivi d'un rebond d'environ 32 %.

Le 31 mai, en revanche, c'est un simple 9 sur des bougies de douze heures qui s'est affiché, et le bitcoin a ensuite chuté d'environ 22 % en cinq semaines.

C'était un 9 isolé, sur une unité de temps courte, exactement la configuration la plus fragile.

L'outil qui date les grands retournements au jour près est donc aussi celui qui pointe dans la mauvaise direction quand on le lit trop vite.

C'est pourquoi un 9 ou un 13 se lit comme une raison de regarder de plus près, pas comme une raison d'agir.

Ce qu'il faut retenir

Le TD Sequential ne dit pas où va le prix. Il dit à quel point le mouvement est déjà étiré.

La façon de le lire en découle : un 9 se surveille plutôt qu'il ne se négocie, et la preuve la plus solide reste un 13 sur une grande unité de temps.

Un 9 ou un 13 se pèse au regard des niveaux techniques et du contexte, jamais isolément.

L'épuisement peut se résoudre en retournement, en pause, ou en simple dérive latérale pendant qu'un nouveau compte démarre.

Le bilan 2026 le montre bien : deux retournements datés presque à la bougie près, et un faux départ à 22 %.

À la troisième semaine de juillet, le bitcoin se traitait autour de 66 000 $, en rebond depuis son plus-bas de 57 740 $ du début du mois.

Ce rebond est le décor sur lequel s'afficheront les prochains 9 et 13.

Rien ici n'est un signal de trading, seulement de quoi comprendre les chiffres qui apparaissent quand une tendance n'a plus de carburant.