Le Marché qui a Pricé SpaceX Avant son IPO : les Perps Synthétiques sur Actions

Comment un perp synthétique donne une exposition aux actions sans les détenir : le rôle de l'oracle, le problème du week-end, et le cas SpaceX.

Le Marché qui a Pricé SpaceX Avant son IPO : les Perps Synthétiques sur Actions

Le 18 mai 2026, SpaceX n'est cotée sur aucune bourse. Ce jour-là, un contrat permet pourtant de prendre position sur sa valeur : le perp SPCX, lancé sur la blockchain Hyperliquid à un prix de référence de 150 $ par action, soit environ 1 780 milliards de dollars de valorisation implicite. En quelques heures, le contrat monte à 216 $, avec 11,5 millions de dollars échangés sur la première heure. Personne, ni à l'achat ni à la vente, ne détient la moindre action SpaceX.

Ce contrat est un perp synthétique sur action : un perpetual classique, réglé en USDC, dont le prix ne vient pas d'un marché crypto mais d'un oracle, un flux qui relaie le cours du marché réel. Le principe ouvre un accès direct : prendre position sur une action, l'or ou un indice depuis un portefeuille crypto, avec levier, y compris quand la bourse est fermée. Mais il impose une contrainte : puisque personne ne détient l'actif, tout repose sur ce prix de référence. Que devient ce prix quand le marché qui le fournit ferme le soir, le week-end, ou pour toujours dans le cas d'une entreprise pas encore cotée ? La suite explique comment un perp reproduit une action sans la détenir, ce qui se passe quand le marché de référence est fermé, et pourquoi SpaceX en est le cas le plus extrême.

Comment un perp donne une exposition à une action sans la détenir

Un perp sur Tesla repose sur le même principe qu'un perp sur Bitcoin : aucune action n'est jamais achetée, par personne. L'exposition est dite synthétique parce que le contrat se contente de reproduire les variations du cours. Le gain d'un côté est la perte de l'autre, le tout en USDC, sans qu'aucun titre Tesla ne change de main.

Le prix du contrat est maintenu aligné sur le cours réel par le funding rate, le mécanisme que connaissent déjà les traders de perps crypto : il fait payer le camp qui éloigne le contrat de son prix de référence, ce qui ramène mécaniquement le prix du contrat perpetuel vers le “vrai” prix de l’actif.

La seule nouveauté ici, c'est la source de ce prix de référence. Pour un perp Bitcoin, elle vient de marchés qui tournent en continu. Pour une action, elle vient de la bourse, qui ferme chaque soir et tout le week-end. C'est de cette simple différence que naît tout le reste.

Ces marchés sont proposés par des plateformes comme trade.xyz, qui fait tourner des perps sur actions, or et indices via la blockchain Hyperliquid, et brasse aujourd'hui plusieurs milliards de dollars de volume. Un point est à retenir pour la suite : c'est la plateforme elle-même qui fournit à ses contrats le prix de référence.

Que devient le prix quand le marché est fermé ?

Le vendredi à 22 h, heure de Paris, la bourse américaine ferme jusqu'au lundi après-midi. Pendant plus de 60 heures, l'oracle n'a plus aucun cours à relayer, alors que le perp, lui, peut continuer de s'échanger. Que coter, dans ce trou ?

trade.xyz a fait un choix radical : laisser le marché ouvert 24h/24 et laisser le carnet d'ordres fabriquer le prix. Quand la bourse ferme, l'oracle part du dernier cours réel, puis se met à suivre les ordres d'achat et de vente du perp lui-même. Concrètement, il regarde en continu vers quel niveau le carnet pousse, et il glisse doucement dans cette direction, en lissant les mouvements sur une demi-heure environ pour éviter les à-coups. Pendant tout le week-end, la seule chose qui fait bouger le prix, c'est le flux d'ordres des traders du perp. Le lundi, dès la réouverture de la bourse, l'oracle raccroche au vrai cours.

Le schéma ci-dessous résume cette bascule : la courbe pleine suit le cours réel de la bourse, la courbe pointillée le prix fabriqué par le carnet pendant la fermeture (zone grisée), et le décrochage du lundi marque le retour au vrai cours.

Ce choix a un revers. Une position peut être liquidée un dimanche sur un cours que seul le carnet du perp a fabriqué, sans aucun lien avec une cotation réelle. Et ce cours du week-end n'a rien d'une boule de cristal : d'après une étude de Blockworks Research, il ne tombe pas plus près de l'ouverture du lundi que le simple cours du vendredi soir dans à peu près un cas sur deux.

D'autres plateformes tranchent autrement : certaines ferment leurs marchés actions en même temps que la bourse, d'autres adossent leurs perps à des actions tokenisées qui, elles, s'échangent en continu.

Le cas SpaceX : un prix sans marché de référence

Ce mode "carnet" n'est qu'une parenthèse de week-end pour une action cotée. Pour SpaceX, c'est l'état permanent : l'entreprise n'est cotée sur aucune bourse, donc il n'existe aucun cours réel à relayer, jamais. Son perp, proposé lui aussi par trade.xyz, vit en continu sur le prix que fabrique son seul carnet d'ordres. La plateforme a fixé un prix de départ (150 \$), et à partir de là, le prix n'a plus dépendu que des ordres des traders, sans le moindre point d'ancrage extérieur.

Le résultat illustre la mécanique à l'état pur. Le contrat est monté jusqu'à valoriser l'entreprise au-delà de 2 500 milliards de dollars dans ses premières heures, avant de reculer de 27 % en trois semaines. Ce régime n'est pas fait pour durer : le jour où SpaceX entrera réellement en bourse, le perp raccrochera à son cours officiel. Des semaines de prix fabriqué par le seul carnet rencontreront alors leur premier prix réel.

Ce qu'il faut retenir

Ces marchés prolongent une mécanique que les traders crypto connaissent déjà, le perp, vers des actifs dont le marché de référence ferme. Tout l'enjeu tient dans une question : quel prix appliquer quand ce marché n'est plus là ? Laisser le carnet d'ordres y répondre permet de trader en continu, mais le prix obtenu reste aussi fragile que la liquidité du moment.

Deux limites valent d'être gardées en tête. Un perp ne donne ni dividende ni droit de vote : pour détenir une action sur la durée, ce n'est pas le bon outil. Et le prix de référence est fourni par la plateforme elle-même, pas par une source indépendante, ce qui reste un point de confiance à ne pas négliger.

Pour qui préfère une voie plus encadrée et un nom connu, Kraken propose des perps sur actions tokenisées, adossées à de vrais titres et accessibles hors États-Unis. C'est une façon d'accéder à ces marchés sans quitter un environnement régulé.

Le trading de produits financiers, dont les dérivés, comporte des risques importants et ne convient pas à tous les investisseurs. En savoir plus